Séance du 15 avril 2008 - La performance : jusqu’ou ?

April 18, 2008 – 4:03 pm

Intervenant : Vincent de Gaulejac

Intervention


Vincent de Gaulejac
est universitaire, il travaille au laboratoire de changement social, fondé à Dauphine. Cette faculté a vécu une transformation symptomatique : de la compréhension de la gestion elle est passée à son application sur le mode des écoles de commerce. Ceci reflète le pouvoir managérial qui transforme la société.
Un des sujets de Vincent de Gaulejac est la névrose de classe, qu’il étudie à l’aide de la sociologie clinique qu’il a fondé et qui consiste en l’étude de la dimension existentielle des rapports sociaux. A dauphine avec Max Pagès il a développé un programme de recherche sur le management dans les années 70. Une seule entreprise bien voulu leur ouvrir ses portes : IBM, considérée comme un modèle de gestion. De leur étude, ils ont tiré un livre : L’emprise de l’organisation (1979).
Il a ensuite écrit Le coût de l’excellence (1991) avec Nicole Aubert, qui se voulait le contre-pied du Prix de l’excellence, par deux consultants de Mac Kinsey. Ce dernier se voulait être une doctrine basée sur l’observation du management dans les 60 entreprises les plus performantes. Vincent de Gaulejac et N. Aubert ont voulu montrer les conséquences de ce modèle. Il se trouve que quelque années après, un des auteurs de Mc Kinsey a écrit un livre sur la théorie du “chaos management”, disant qu’il valait mieux échouer six mois avant les concurrents pour avoir une chance de mieux repartir. Cela montre en quoi cette organisation est faite de paradoxe : plus l’organisation est rationnelle, moins elle a de sens pour ceux qui la vivent, plus on prend en considération la personne, plus il y a de gens psychiquement malades. Et aujourd’hui on assiste à une épidémie de suicides. Ce modèle est exporté à travers ce qu’on appelle la « modernisation du secteur public ». Il touche l’école, l’état, l’hôpital et est présenté comme le nec-plus-ultra. Dans son dernier livre, La société malade de la gestion, Vincent de Gaulejac décrit le passage d’une société de discipline à une société de contrôle. Il fait trois hypothèses :
- On est passé à un pouvoir managérial,
- C’est la « lutte des places »,
- La gestion est une idéologie (alors qu’elle se présente comme un pragmatisme).
Michel Foucault dans Surveiller et punir montre que les prisons représente un nouveau modèle de pouvoir, qui veut une normalisation des corps, pour qu’ils soient utiles, dociles et productifs. C’est cette société qui est remise en cause par le management. Aujourd’hui on a besoin de sujets autonomes, il faut faire adhérer à un nouveau modèle. On transforme l’énergie libidinale en force de travail. Ce que dit Foucault sur le contrôle des corps peut dans ce nouveau système être appliqué à la psyché. Dans La société malade de la gestion, Vincent de Gaulejac décrit cette mutation : on cible la mobilisation psychique sur des objets. On dit « réalisez vous à travers votre carrière », « l’entreprise va remplir vos besoins ». Vincent de Gaulejac expose une brochure intitulée « The Philips Way », de l’entreprise Philips et qui se veut un « modèle de comportement pour aujourd’hui ». Il cite : « Nous sommes tous d’accords pour dire que notre entreprise a besoin d’actes et non de mots ». Cette phrase contient deux paradoxes : ce ne sont que des mots, et le « nous » qui incluse le lecteur sans qu’il ait donné son assentiment. Ce système marche imparfaitement, il y en a qui pètent les plombs. Avant, il y a avait des conflits de classe, aujourd’hui la lutte est individualisée, on se retrouve seul face à une entreprise. C’est la lutte des places : pour le côté excellence, les parents sont anxieux pour leurs enfants, il faut les envoyer dans les meilleures écoles etc. De l’autre côté c’est l’exclusion des improductifs, des non employables. Au milieu, on se sent menacé, on tient à sa place. C’est le paradoxe de la croissance : elle créée et détruit des emplois et ce ne sont pas les mêmes. On remplace par des emplois précaires, flexibles. Le modèle qui comportait la sécurité de l’emploi et l’assurance d’une ascension pour les enfants éclate. Retour à Philips. Les ressources humaines (RH), considérées comme un progrès transforme en fait l’humain en ressource. On renverse le rapport : la société doit se mettre au service de l’économie pour faire du social. Le moi devient un capital à faire fructifier, c’est le culte de la performance dans tous les domaines. La contradiction pénètre les individus. La représentation marxiste a éclatée, ceux qui n’ont pas de place n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes. La responsabilité de l’existence sociale est renvoyée à soi : c’est la lutte des places plutôt que la lutte des classes. On doit devenir des gens excellents, performants, c’est l’adaptabilité.
Philips : on va vous proposer de devenir excellent. Qui peut être contre ? Qui peut être contre la qualité ? C’est en quelque sorte la maladie de la mesure : on mesure toutes les activités. On montre qu’on fait de la qualité plutôt que de faire de la qualité. A l’ANPE par exemple, on est passé d’une logique d’aide à trouver un emploi à une logique de chiffre. Philips : devenir l’entrepreneur de sa propre vie. Le management intègre la famille, il faut être performant partout.
« Pour nous managers, notre credo doit être.. », on devient des croyants. On est interpellé en tant que sujet : « je comprend le projet de l’entreprise et j’y adhère… ». Vous êtes libres de travailler 24h sur 24 ! C’est la mise en place d’un nouveau contrôle. Le téléphone, internet… s’ils sont des facteurs de libertés indéniables, vont dans le sens d’un culte de l’urgence (Le Culte de l’urgence de Nicole Aubert) Ainsi, l’excellence produit l’exclusion, l’excellence tue le politique (être excellent, c’est être hors du commun quand la politique a pour objet de créer du commun). C’est l’idée de la réforme de l’état : on doit faire plus avec moins. Il faut toujours être au delà des attentes. Il y a de plus une logique d’obsolescence. On détruit ce qu’on a produit par nécessité de produire autre chose. La production devient complexe, changeante. Chez Renault par exemple au centre de Guyancourt, on est passé de la conception de 7 modèles par an, à 22 grâce à Carlos Ghosn. D’où l’épidémie de suicides ? Dans Le coût de l’excellence, écrit en 1991, Vincent de Gaulejac décrit le suicide d’un employé d’IBM : l’entreprise l’avait obligé à tricher. Il avait écrit une lettre de deux pages pour expliquer ça. Il y a deux mois, une femme d’IBM se tue à nouveau. Elle laisse comme seul mot : « trop de pression ». Quand on arrive plus à produire du sens, on tombe malade. On se défonce pour se protéger de la pression. Pourquoi par exemple y a-t-il une augmentation du nombre de suicides dans les commissariats de police ?

Réponses aux questions.

Vincent de Gaulejac n’a pas la nostalgie de la lutte des classes. Il y a un éclatement de la classe ouvrière, qu’on peut observer aux résultats du PC. Il existe une nostalgie d’un monde où on pouvait identifier le pouvoir. Aujourd’hui il faut faire une analyse de l’abstraction et de l’invisibilité du pouvoir. En effet l’hyperbourgeoisie aussi peut éclater. Il faut aller voir les traders, et leurs fonctionnements. Vincent de Gaulejac dénonce non la performance mais sa perversion, la perte de sens, le toujours plus. Par exemple quand le PDG de Danone décide il y a quelque année d’être numéro un, cela signifie abandonner les secteurs où Danone ne l’est pas. Y compris LU, usine qu’a visité Jospin lors de sa campagne et où interpellé par une femme qui avait perdu son emploi pour savoir ce que la gauche avait fait pour elle, il répond qu’il a baissé les chiffres du chômage. Là où on parle d’existence sociale, il reste dans le chiffre. De même, donner l’exemple de Zidane aux jeunes gens des quartiers nord de Marseille sans emploi c’est d’une violence symbolique inouïe. Un gagnant produit toujours des perdants. De même on est toujours pour l’avancement au mérite. Mais il produit le harcèlement, et il ne suffit pas ensuite d’arrêter celui qui harcèle pour faire cesser le harcèlement.

Concernant les remèdes :

  • le premier point est de savoir si on d’accord sur le diagnostique.

  • Ensuite, il s’agit de sortir du paradoxe, par la déconstruction du discours, car on a toujours tendance à intérioriser les paradoxes qui nous sont imposés.

  • Il faut passer au collectif. L’entreprise individualise. Les syndicats ont abandonné la lutte sur les conditions de travail, et refuse d’en parler pour ne pas faire face à leur échec.

  • Il faut changer de paradigme et mener une bataille idéologique majeure contre l’idéologie gestionnaire qui dit qu’il faut toujours mesurer l’activité humaine. Il faut donner aux gens le moyen de comprendre pourquoi ils vont mal.

  • Refuser le culte de l’urgence. Le pouvoir n’est dans ce cas pas une personne mais un ensemble de mesures et d’actions qui prend cohérence à postériori non voulue. Dans ce système la jouissance est toujours après, c’est un mouvement auquel on peut opposer le désœuvrement. Bergson : “seul l’immobilisme permet de penser”.

  • Il faut alléger la pression.

  • Il faut mettre l’économie au service de la société et ne pas attendre la croissance pour faire du social.

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Séance du 20/02/08 - La démocratie confisquée ? intervention

March 8, 2008 – 4:53 pm

Intervenant : Dominique Rousseau
Dominique Rousseau commence son exposé par une référence à Spinoza : « ni pleurer, ni rire, mais comprendre », qui est parfaitement en phase avec la finalité d’Ulipo : favoriser un espace de réflexion et d’échange. Il va se focaliser dans un premier temps sur l’idée de démocratie, ensuite sur les formes de la démocratie, puis sur la question des institutions.

Les éléments de base constitutifs de la démocratie
En ce qui concerne la crise de la démocratie, Dominique Rousseau se déclare sceptique quant à l’utilisation du terme “crise”, qui est employé selon lui de manière imprécise . Il serait adapté en le considérant selon la conception de Antonio Gramsci comme un moment transitoire. Néanmoins pour Dominique Rousseau il existerait plutôt une crise de l’idée de la démocratie et non de la démocratie elle-même.

Un des éléments constitutifs de la démocratie est le vote : le vote actuel et non pas le vote en soi par exemple ni le vote de l’époque d’Aristote ni le vote censitaire. Par ailleurs, il est très important de préciser que le suffrage universel n’est pas un aboutissement inéluctable et naturel, mais le résultat de longues et dures luttes pour l’obtenir.Cependant, le vote n’est pas le seul élément constitutif de la démocratie. En effet, il y en a d’autres, et notamment la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (DDHC).

Selon Dominique Rousseau, ces deux derniers peuvent être en conflit, pour comprendre cela, un exemple est important.
Nous allons prendre celui d’un référendum sur l’avortement qui aboutirait à la suppression de l’IVG. Ce résultat serait en total contradiction avec le droit de la femme de disposer librement de son corps qui découle selon le Conseil Constitutionnel tout simplement du principe de liberté individuelle établi par la DDHC (décision du 15 janvier 1975). Le vote est contre et la DDHC est pour. Quelle hiérarchie faut-il alors adopter ?

Selon Dominique Rousseau, les Droits de l’Homme devraient être placés au-dessus. Enfin, précisons que la DDHC est aujourd’hui au centre de la grande majorité des démocraties. En France, par exemple, elle fait partie du bloc de constitutionnalité. Par ailleurs, à une autre échelle, il existe la Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) qui peut condamner les pays ne respectant pas le contenu de la Convention Européenne de Sauvegarde des Droits de l’Homme et du Citoyen. Sa particularité est qu’elle est saisie par des particuliers, ce qui constitue une garantie fondamental, et une protection effective des Droits de l’Homme. Nous pouvons donc constater que cela ne reste pas lettre morte ; et ne représente pas un principe abstrait et dénué de consistance pratique. (Précisons à titre d’information que la France à été condamnée plusieurs fois et notamment pour torture).

La forme de la démocratie

D’autre part, Dominique Rousseau se pose la question de la forme même de la démocratie : représentative ou directe ? Pour lui, la démocratie ne peut échapper au phénomène de la représentation, il serait même politiquement grave de penser qu’il peut y avoir un régime démocratique sans représentation. La représentation fournit un écart indispensable, dans lequel il y a au moins deux personnes, le représenté et le représentant. Ainsi, il faut cet écart entre représentants et citoyens, pour ne pas sombrer dans la dictature, issue très probable de la fusion des deux. C’est la représentation qui permet à chacun de se considérer comme citoyen et non uniquement comme individu. Il faut une scène, un miroir, pour se voir comme citoyen.
Ce mécanisme est également utile dans l’exercice de la justice, où une distance est indispensable, il doit y avoir un temps de réflexion et des organes de représentation, pour pouvoir éventuellement avoir accès à une justice équitable et impartiale.

Les institutions et leur (dys)fonctionnement

Dans un second temps, intéressons nous à la question des institutions. En apparence, la Vème république est démocratique, (vote, élections présidentielles, députés…) cependant de plus près cela n’est pas aussi évident. Dominique Rousseau pose trois problèmes fondamentaux qui limitent la démocratie sous la Vème République :
1) Irresponsabilité des pouvoirs
2) Confusion des pouvoirs
3) Déséquilibre des pouvoirs

Les trois aspects sont imbriqués entre eux : prenons la question par le bout de l’irresponsabilité politique. La responsabilité en politique est fondamentale : le mot vient du latin, respondere, qui signifie répondre. La responsabilité politique c’est donc le fait de pouvoir répondre de ses actes et surtout, le cas échéant, être révoqué. Il paraît difficile de parler de cela sans faire un bref rappel de la lettre de la Constitution. En effet, selon son article 5, le président est un arbitre, et c’est le Premier Ministre et le Gouvernement qui déterminent et conduisent la politique nationale (articles 20 et 21). Contre tout attente, le Président est irresponsable politiquement (article 68) c’est pourquoi, il a en théorie très peu de pouvoirs propres (énumérés à l’article 19 de la Constitution) et tout les autres sont soumis au contreseing du « Premier Ministre et, le cas échéant, par les ministres responsables » (article 19). Par ailleurs, il n’est donc pas révocable sauf si l’on arrive à appliquer l’article 68 seul cas de sa responsabilité et donc de sa révocation. Cette procédure est quasiment impossible à mettre en œuvre. Par ailleurs un nombre important de pouvoirs est en pratique réuni entre les mains du président, au lieu d’être réparti justement, ou plutôt constitutionnellement entre celles du Premier Ministre et du Gouvernement. Dans la réalité les pouvoir du présidents contenant l’exécutif ont toujours été beaucoup plus étendus de ce qui a été prévu par la constitution : de plus le pouvoir législatif a des marges d’autonomie très restreint vis-à-vis de l’exécutif. C’est pourquoi nous pouvons parler de déséquilibre et de confusion des pouvoirs, qui s’effectuent comme nous le voyons au profit du président pourtant irresponsable politiquement, à l’inverse du Gouvernement, qui lui pourtant est « responsable devant le Parlement » (article 20).Deux axes pour une refondation de la démocratie : une nouvelle séparation des pouvoir et des pistes pour une démocratie continue. Quelles seraient donc les principes qui pourraient aider à élaborer une bonne constitution, une meilleure démocratie ?

Pour une nouvelle séparation des pouvoirs

Tout d’abord il y a le principe de séparation des pouvoirs qui est fondamental. Cependant pour Dominique Rousseau, cette séparation ne doit pas se limiter à la séparation imaginée par Montesquieu, entre exécutif, législatif, et judiciaire. En effet, elle doit aller plus loin, à savoir elle doit s’exercer entre pouvoir politique, judiciaire, économique, médiatiques…. , pour permettre, d’une part une indépendance effective au sein de ces pouvoirs, indépendance indispensable à leur bon fonctionnement, et d’autre part une existence effective de contre-pouvoirs. Pour illustrer cela Dominique Rousseau prend un exemple récent : l’affaire Outreau, dans laquelle le juge a subi de très grosses pressions de la part du pouvoir médiatique et sans doute aussi du pouvoir politique : le résultat a bien montré que cela pouvait avoir de graves conséquences. Cette pression n’est évidemment pas l’unique cause de ce désastre juridique mais sûrement un facteur très important.

Vers une démocratie continue

Pour ce qui est de la démocratie continue, Dominique Rousseau soutient la nécessité de faire entrer les citoyens dans le processus de fabrication de la loi. En effet, selon l’article 6 de la DDHC : “tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation” (en parlant de la loi). Dominique Rousseau donne quelques exemples de démocratie directe :
- on pourrait, par exemple permettre aux citoyens d’imposer une partie de l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale,
- ou encore on pourrait confier l’étude de certains projets de loi à des panels de citoyens auxquels on aurais donné les outils et le temps nécessaires pour en appréhender la problématique. Cependant les outils ne suffiraient pas : Dominique Rousseau paraphrase la phrase de Simone de Beauvoir “on ne naît pas femme, on le devient” en disant “on ne naît pas citoyen on le devient”. Comment devient-on citoyen ? Pour lui, on devient citoyen grâce à la création d’un espace intermédiaire entre l’espace civil et l’espace politique. L’espace civil est l’espace de l’individu et de sa vie quotidienne, l’espace politique est l’espace de la représentation. L’espace intermédiaire que Dominique Rousseau appelle “espace public” serait un espace de discussion dans lequel se formerait la volonté générale : un espace dans lequel on passerait du particulier au général. Cet espace actuellement est très faible et réduit : le développement de cet espace créerait le terrain favorable à l’instauration des outils de la démocratie continue. Il devrait y avoir un mouvement de va et vient entre l’espace civil et l’espace public des discussions, là où se formerait la volonté générale : cela permettrait la fluidité entre particulier et général. Puis il devrait y avoir un passage entre tout cela et l’espace politique, et donc une circulation effective entre les deux et notamment une adaptation du pouvoir politique.

Numéro complémentaire
Enfin, une question à été soulevée, qu’il serait dommage de na pas évoquer : Sarkozy est il anti constitutionnel ?
Réponse : oui et cela d’ailleurs comme tous les Présidents de la Vème République, cependant de manière plus marquée et plus grave, en prenant en considération les trois des points évoqués plus haut : la séparation des pouvoirs, la confusion des pouvoirs et le déséquilibre des pouvoirs. Cela peut être vrai dans différents pays, mais le problème en France est aggravé par le très petit nombre et la faiblesse des contre-pouvoirs.

Bonus
Pour Dominique Rousseau, la meilleure définition de la liberté n’est pas : “ma liberté s’arrête là où commence celle des autres” mais plutôt : “la liberté des autres est la condition de ma liberté”. La difficulté est de passer du particulier au général. Pour boucler sur le concept de crise Dominique Rousseau précise que pour lui la démocratie n’est pas derrière nous, elle reste à venir.

Compte-rendu réalisé par Léa Galli

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Séance du 08/01/08 - Eux et Nous : y-a-t-il une crise du système d’intégration ? : débat et conclusion

January 19, 2008 – 9:19 am

Restitution des groupes

Tito

Quelle est la différence entre mobilité et mixité ? Quelle est la demande de la banlieue ?
Le fait de rester confiné dans les banlieues correspond-il à un besoin de se reconnaître ?
Quelle est la volonté de s’intégrer chez « eux » ?
Pourquoi cette rupture en 1975 ?
Existe-t-il une crise d’identité partagée ?
C’est plutôt la deuxième génération d’immigré qui pose problème, est-ce une crise d’identité due au fait qu’ils ne sont ni français ni autre chose ?
Les jeunes sont polyglottes dans les cités.
Pourquoi le gouvernement a favorisé le regroupement familial ?
Est-ce que la reconnaissance individuelle diffère de la reconnaissance politique ?
Quelle est la signification du fait qu’ils veulent rester entre eux ?
Pourquoi les chinois veulent-ils rester entre eux ?
En fait on fait face à une crise sociale globale qui est juste plus visible en ce qui concerne l’intégration.

Marie

Le discours par rapport à l’intégration vient du regroupement familial, avant c’était une immigration temporaire d’un homme.
L’intégration est une question qui se pose quand on n’est pas concerné, comment s’intégrer quand on est stigmatisé ?
Comment fonder une politique sur le refus des chiffres de l’immigration ?
Vivre ensemble suppose un langage commun, on vit à côté mais pas ensemble.
Girard : le nous est défini par « eux » ; besoin d’un bous émissaire

Corentin

L’intégration semble plus facile que l’assimilation.
L’idée d’intégration pose problème parce qu’elle suppose un effort dans un seul sens.
Les trois piliers de l’intégration sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes, comment alors les relancer ?
Lien entre discours et identité, on s’approprie un discours pour forger une identité.
Pourquoi et comment est-on passé d’un clivage bourgeois prolétaire, à ce clivage ethnique.
Il faut faire ressortir les aspects positifs du mot intégration.
Comment préserver sa propre identité culturelle en en intégrant une nouvelle ?

David

Il faut replacer la question de l’intégration par rapport à la législation européenne.
Est-ce que la mixité sociale à l’Ile de Réunion a été réussie ?
Quelles bases donner à l’identité dans 20 ans ?

Conclusion de Joël Roman

En France à partir de 1975 on a interdit la mobilité ou on la rend impossible parce que la crise a fait cesser l’immigration de travail, les travailleurs déjà présents vont avoir envie de rester et naturellement de faire venir leur famille. Les politiques ne voient pas les conséquences des décisions prises.
On met alors en place la notion d’immigration. Les mesures HVS (habitat et vie sociale) en ‘77.
Les discours de 75 à 80 sur la crise économique, notamment sur ces mesures et à la télé (émission La Crise). C’est la crise du travail. Pas seulement en terme de montée du chômage, on assiste à une recomposition complète du modèle de travail. Toute une série de travaux vont être externalisés. Ce qui donne six entreprises au lieu d’une sans lien et lieu commun. Et ce qu’on n’a plus en terme d’immigration est compensé par les délocalisations. La crise 75 n’est donc pas seulement économique mais aussi sociale. Pourquoi est-ce si difficile ? Il y a un besoin anthropologique de dire « nous » et de repousser les « eux ». « Nous » contre « eux », c’est en général un conflit structurel de notre existence.
Cela recoupe en permanence et remplace le conflit de classe classique. C’est une crise sociale, ethnique et territoriale. La dimension française de cette crise généralisée est plus exacerbée.
En France la nation s’est construite fortement contre un “eux” (Allemand, Anglais). L’ennemi est soit à l’extérieur, soit à l’intérieur, c’est la figure de l’immigré.
Il existe une angoisse spécifiquement française : la question de l’identité provoque une panique là où d’autre pays sont moins sensible au racisme et à sa dimension symbolique.
Ceci en partie du fait du passé colonial de la France. C’est la question clef. La République a été universelle et civilisatrice mais aussi colonisatrice.
L’identité : veulent-ils s’intégrer ?
C’est une construction, on a affaire au problème de qui est le premier entre la poule et l’œuf. Mais leur attitude est en partir induite par la société, et la responsabilité est du côté de la société qui est persistante et dominante.
La violence des émeutes a une signification politique par rapport aux enjeux d’intégration. C’est un peu « nous sommes intégrés, qu’est-ce que vous en faites ? »
Le problème viendrait en grande partie des mots, qui construisent autant qu’ils disent le problème. « Jeunes issus de l’immigration » : volonté de reconduire les gens à une origine sociale.

Anecdotes
Lors d’une formation pour enseignant, on a demandé pourquoi il fallait donner à lire à ces jeunes de la sous littérature et pas du Victor Hugo, alors que c’était un auteur contemporain de valeur mais au nom quelque peux “exotique”.
Une amie romancière française, elle aussi au nom “bizarre” a demandé
dans un FNAC où trouver son livre et on lui a répondu au rayon « Maghreb Proche-Orient ».
Comment reconstruire une identité ?
Il y a l’idée de reconnaissance (modèle québécois), avec une appartenance commune et une appartenance minoritaire. C’est une piste pour être membre d’une communauté politique et avoir une appartenance culturelle spécifique. Dans tous les cas le maître mot est « reconnaissance ».
Maintenant comment faire que ça ait une signification politique ?
Il semble nécessaire d’inscrire un certain nombre de gens, de groupes dans le paysage politique comme geste symbolique. Les groupes sociaux ont toujours demandé de la reconnaissance symbolique (hausse du salaire). C’est d’ailleurs la base des conflits sociaux : « reconnaissez, donnez de la visibilité à ce que nous sommes»
Nous sommes dans une société qui désarticule le collectif au profit de l’individu et de sa performance monétaire. Or nous avons envie d’une autre reconnaissance.
Exemple : le refus du président et du ministre de l’immigration de venir inaugurer la cité nationale de l’immigration représente une claque symbolique.
De même la question de l’esclavage est importante. Important de pouvoir dire que des choses indignes ont été produites. Les propos de Bruckner sur la repentance qui disent que le lobby colonial n’a pas pesé d’un poids extrêmement lourd, est contrecarré pas l’exemple de la guerre d’Algérie où c’est la représentation nationale au nom de l’universalisme qui a demandé qui a colonisé.
Le fait de vouloir vivre entre soi fait partie d’une orientation humaine. Mais le seuls endroits où l’entre soi est vraiment réalisé c’est les banlieues riches. C’est le sommet qui fait sécession.

Pour la construction d’une perspective
Jusqu’à un certain point la société française est moins réticente. On peut prendre comme indicateur le nombre de mariages mixtes.
En revanche les discours politique sont terrifiants, dans leur unanimité. C’est une fermeture et un déplacement des problèmes, et ça va rejaillir sur la société. La politique a pour fonction de donner un cadre, la responsabilité des politiques est énorme.
« Construisons une société de confiance ». Ce discours est inaudible, par manque de courage et de maturité de la classe politique. Une société de confiance n’est pas une société sans conflit, c’est le contraire d’une société du soupçon. L’ADN par exemple. Cela signifie que toute personne qui demande à rentrer en France cherche à frauder. On construit la méfiance.

 

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Séance du 08/01/08 - Eux et Nous : y-a-t-il une crise du système d’intégration ? : intervention

January 19, 2008 – 8:34 am

Intervenant : Joël Roman

Pourquoi parler de l’intégration dans cet essai Eux et Nous ?
Il s’agit de parler de l’intégration de « eux », c’est-à-dire ceux qui dérangent et à qui seraient liés les problèmes de banlieue, d’islam, de violence ou d’immigration. Ce « eux » se dégage derrière une ligne vague et indéterminée, et leur présence est vécue comme un outrage pour le « nous ». Quand on regarde de près ces qualifications, on se rend compte qu’il s’agit de questions hétérogènes, sans rapport entre elles. Le « eux » ne semble donc pas naturel, il révèle en fait une suspicion par rapport à ce groupe des « jeunes de banlieues », et cette inquiétude qu’ils représentent. On parle par rapport à « eux », d’un « déficit d’intégration ». Il s’agit à la fois du diagnostique et du remède. Mais ce raisonnement est faux, il contribue en fait à stigmatiser et à augmenter les obstacles entre « eux » et « nous ». Le chapitre de référence dans l’ouvrage précédemment cité est « pour en finir avec l’intégration ».
Il s’agit de prendre le parti pris opposé au discours dominant.
Pourquoi ? Tout d’abord le mot « intégration » est trompeur et difficile. Il charrie une histoire et un passé : il a été utilisé la première fois pendant la guerre d’Algérie : « construire une politique d’intégration ». Mais utilisé trop tard, ce mot tentait en fait de masquer et de maintenir l’héritage colonial. D’où ce poids, pas forcément utilisé consciemment qui accompagne l’utilisation du mot.
Ensuite, le mot « intégration » est utilisé dans un autre champ : celui du handicap. Il est essentiel dans le domaine scolaire. On est passé du mot « anormal » à celui de « handicap » à la fin des années 70. C’était une notion fédératrice qui désignait à la fois les handicaps physiques, mentaux et socio-culturels. Le handicap permet alors de penser un écart par rapport à une norme. C’était donc une tentative de comprendre l’immigration comme un handicap, ce qui peut paraître étrange par rapport à ce que cette situation peut représenter comme atout.
Enfin, le mot « intégration » vient enterrer à partir de 1975 la notion d’assimilation. Il s’agissait moins d’un discours que d’une réalité : on était citoyen français par le droit et par l’assimilation à un modèle culturo-ethnique stable et limité. 1968 a représenté une crise de l’unicité de la représentation française. C’est le moment où a éclaté une revendication pour remettre en question cette hégémonie, avec notamment les revendications régionaliste, concernant le régime social, féministe ou des cultures issues de l’immigration.
On a dit que ce modèle était restrictif et mutilant, la notion d’intégration étant plus souple. Mais en fait, on faisait porter les problèmes réels sur un diagnostique et une solution au problème d’intégration, ce qui entraînait un accent mis sur la distance et sur l’effort à fournir pour être intégrer. On leur faisait en quelque sorte porter la charge de problèmes réels.
En fait c’est d’avantage le discours que la réalité qui pose problème avec cette notion d’intégration. Le diagnostique accable les fils d’immigrés de l’empire colonial. Il faut rappeler que la société française est une société d’immigration. A de nombreuses reprises les choses se sont mal passées pour la première génération, mais les générations suivantes ne rencontraient plus de problèmes spécifiques. C’est là la différence avec aujourd’hui où en quelque sorte, on leur reproche de ne pas se fondre dans le paysage. L’intégration en elle-même peut être déterminée par trois critères que sont la langue, l’école et la coutume, l’habitude. Du point de vue de ces critères, il n’y a pas plus intégré que « eux ». Ils n’ont en fait que peu de mérite. En effet, il s’agissait d’une immigration post-coloniale, ils avaient en quelque sorte fréquenté la société française avant d’émigrer. Les premières vagues d’émigration ont été organisées par l’état ou par des sociétés privées. A la manière d’une conscription. C’est à la différence de l’immigration italienne ou espagnole où les arrivants ne parlaient pas un mot de français une immigration de l’intérieur. Il s’agit donc étonnamment d’un immigration intégrée et non assimilée.
On rencontre dans les faits deux types de problèmes.
Et 1975 est une date décisive pour cela. Tout d’abord il s’agit de l’année symbole de la crise économique et de la hausse du prix du pétrole. C’est la fin d’un modèle d’intégration fordiste qu’on appelle aussi société salariale qui compte trois facteurs d’intégration : l’école, le travail salarié et le logement, la résidence. Les trois étaient liés. Ils étaient vecteurs d’intégration pour tout le monde, et cimentaient la société. A partir de 1975, on a donc un dysfonctionnement qui n’a rien à voir avec les banlieues et qui a des conséquences sur les personnes les plus en difficulté socialement et territorialement. C’est-à-dire les personnes les plus fragiles au niveau salariale et les moins dotées scolairement. Ensuite, on va décider d’arrêter l’immigration de travail pour passer à une immigration familiale. C’est donc un basculement entre une population d’hommes célibataires et des familles, qui représentent une population nouvelle dans un contexte économique, social et culturel différend. Culturellement cette intégration fordiste n’est plus de mise. Les droits fondamentaux (travail, logement, reconnaissance) sont affectés. On assiste à l’émergence de revendication de reconnaissance avec la possibilité de décliner une citoyenneté à trait d’union, comme cela se fait aux États-Unis (italo-américain, afro-américain… être américain c’est aussi avoir une appartenance spécifique).
Finalement l’idéal de mixité sociale est la fois impossible et absent des demandes.
Les gens veulent de la mobilité. Derrière l’idée de mixité sociale il y a l’idée de faire fondre les gens dans le paysage, l’idée d’invisibilité. Il s’agit en fait non pas d’essayer d’effacer l’appartenance de quelqu’un (ce qui plus facile pour quelqu’un qui vient d’Italie et est blanc, que quelqu’un qui est noir), mais de réussir à vivre ensemble dans une société diversifiée.

Compte-rendu réalisé par Antoine Le Fèvre

 

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Séance du 11 décembre 2007 - L’écologie au quotidien dans la ville : intervention

December 29, 2007 – 1:14 pm

Intervenant : Basile Gueorguievsky.
Il travaille au WWF. Conseiller auprès du directeur général pour les questions économiques : modes de consommation, de production, de vie. Le WWF est la première association mondiale en ce qui concerne la protection de l’environnement.
Créée au début des années 60, elle compte aujourd’hui :
· Plus de 100 000 programmes terrains
· 10 000 permanents
· 5 millions de membres
Elle est composée de bureaux nationaux autonomes. Le bureau français a été créé en 1973. Il compte 80 permanents, 140 000 membres et 4000 bénévoles.
Le développement durable
En 1969, le premier homme marche sur la lune. On dit : « un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité ». En fait au-delà du fait de se poser sur la une il s’agit de la première fois où un homme contemple un « lever de Terre ». C’est peut être le point de départ de la prise de conscience de la finitude de la planète.Des rapports existait déjà qui parlait de l’environnement, comme le rapport Midows au début des années 60 qui vient ponctuer la première réunion du Club de Rome.
Dans les années 70, on assiste à une prise en compte plus large des questions environnementales. En 1972 est créé le Programme des Nations Unies pour le Développement. Le rapport Bruntland définie le développement durable : un développement qui permet de subvenir aux besoins actuels sans compromettre les besoins des générations futures.
En 1992 conférence sur l’environnement à Rio. Création de l’agenda 21 que vient de mettre en œuvre la maire de Paris.
L’empreinte écologique
C’est un indicateur qui vise à montrer les limites de la planète. Il calcule la quantité d’espace nécessaire pour subvenir aux besoins d’une personne sur un an. On traduit ainsi les besoins quotidiens (alimentaires, habitat, transport…) en surface. Ainsi un européen « utilise » 5,6 hectares (ha), un américain 9,4ha, et un ghanéen 1,2 ha.
Et si on calcule l’empreinte écologique d’un européen rapporté au nombre d’habitant de la planète (5,6ha * 6,5 milliards), cela nous dit qu’il faudrait 3 planètes pour subvenir aux besoins de tout le monde. Nous sommes donc dans un dépassement de la bio-capacité de la planète.
Une moyenne mondiale donne une empreinte écologique de 2,2 ha par personne. Nous utilisons donc déjà la planète à 125% de ses capacités. WWF travaille au sein de la New Economic Foundation qui calcule la date de l’année à laquelle nous dépassons les limites d’épuisement de la planète. Nous sommes passés du 19 décembre au 9 octobre en 2006 et au 6 octobre cette année. On peut considérer qu’au-delà de cette date nous vivons à crédit. C’est une dette écologique que nous contractons, auprès des habitants du Sud et des générations futures. Cela se traduit aujourd’hui notamment par le changement climatique. Car on peut aussi rapporter les absorptions de gaz à effet de serre de la planète à une surface. La question est donc de maintenir un écosystème viable pour l’espèce humaine. « Sauver la planète » est une demande assez hypocrite. Ce qu’on veut en fait c’est sauver nos conditions de vie.
La modification de la manière de vivre, de produire, de consommer
Si cela est nécessaire, cela ne signifie pas régresser.
L’IDH, indice de développement humain qui calcule le niveau de vie et de bien être d’un pays permet de considérer cela. Par exemple, des pays comme la France ont le même IDH que les Etats-Unis ou l’Australie avec une empreinte écologique deux fois moindre. Cela signifie donc qu’il est possible de baisser l’empreinte écologique sans nécessairement baisser le niveau de vie.
Deux références :
Reconsidérer la richesse de Patrick Viveret
Les nouveaux indicateurs de richesse de Jean Gadrey
Aujourd’hui nous mesurons la bonne santé d’une économie à partir du taux de croissance et du taux de chômage. Mais c’est « un thermomètre qui nous rend malade ».
Deux exemples :
En sortant, j’ai un accident. Je vais chez le kiné, et interviennent le médecin, les pompiers, le garagiste… Par mon accident je participe à la croissance.
De même, il y a une marée noire en Corée du Sud. La mise en place des mesure de réparation feront augmenter la richesse et donc le PIB.
Il existe donc différents actes de création de richesse, avec ou sans destruction écologique. On peut donc dire qu’il existe une voie pour garantir un niveau de vie acceptable (comme celui des européens) tout en baissant l’empreinte écologique. Car aujourd’hui, de fait, on ne paye pas tous les prix. Il existe derrière chaque production des « coûts cachés », des « externalités négatives ». Par exemple il est prouvé que la congestion automobile est très corrélé à l’augmentation de l’asthme chez les enfants. Et l’impact sanitaire est pris en charge par la société. Cela a un coût. De même pour les meubles en tek issus de la déforestation.
Le défi est donc d’intégrer les coûts écologiques sans pour autant augmenter les charges. On peut par exemple moins taxer le travail.
Ou on peut réduire à la source les émissions de CO2. A l’aide notamment des produits éco-conçus : ce qui pose la question de comment baisser l’impact des produits. Existe-t-il une possibilité de recyclage ?
Une autre alternative est de préférer l’usage à la possession. Le Velib’ par exemple. Lors des dernières grèves, un grand nombre de vélos auraient été vendus si il n’y avait pas eu le Velib’, le nombre de vélos aurait été multiplié par 10. On a donc divisé par 10 le nombre de vélos fabriqué. C’est un saut culturel important : se servir plutôt que posséder.
Pour la voiture cela peut sembler plus difficile, car il existe un lien affectif plus fort. Mais sur le modèle d’une société suisse se créé en France des entreprises de partage de voitures. Et ce sont des entreprises qui font du profit.
De même des produits comme les perceuses qu’on utilise 15 minutes par an, ou les lave-linges qu’on utilise une fois par semaine. On pourrait les louer ou les avoir à disposition au sein d’habitats collectifs.
Cela limiterait l’impact environnemental tout en faisant gagner de l’argent à l’entreprise.
De même les photocopieurs. Rank Xerox ne vend pas des photocopieurs mais des photocopies. Ils louent des photocopieurs sur des longues durées. Du coup ils n’ont pas intérêt à ce que ça tombe en panne ou à ce qu’il y ait de problème. C’est donc un nouveau business model qui est en train de naître qui vend de l’utilisation et pas un produit.
Réalité de ce changement
Nous passons d’enjeux globaux à des réponses sur l’action à mener au niveau des individus. Il reste cependant à franchir un saut culturel, c’est-à-dire à sortir de la logique d’accumulation. Thierry Kazazian dans Il y aura l’âge des choses légères estime que nous possédons entre 3000 et 4000 objets. Ce qui représente beaucoup plus que ce que possédaient nos grands parents. Par exemple le téléphone portable. En France, un téléphone portable conçu pour 7 ans est changé en moyenne tous les 9 mois. On ajoute des fonctions nouvelles en continu. Aujourd’hui il est presque impossible d’avoir un téléphone qui ne fasse que téléphone.
On reste ainsi dans une culture de l’avoir et de l’accumulation qui prime sur une culture de l’être.
Aujourd’hui cependant il existe des groupes de personnes qui sont passés à d’autres modes de consommation. Les alter-consommateurs représentent 25% de la population française. Ce sont les gens qui disent faire attention aux produits qu’ils achètent. Il privilégient par exemple les produits frais aux surgelés et les biens culturels. Les « créatifs culturels » (L’émergence des créatifs culturels de Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson, édition Yves Michel) seraient 17% de la population française. Ils cherchent une cohérence “spirituelle” dans l’ensemble de leur vie.
Ces chiffres viennent d’études marketing et de recueil de données déclaratives et non comportementales. En réalité les chiffres de la consommation donnent beaucoup moins d’alter-consommateurs. Ceci peut-être parce qu’on déclare son « moi rêvé ».
Cependant une étude montre que les français étaient 40% en 2005 à penser que par la consommation on peut faire évoluer la situation d’un point de vue écologique, et ils sont 61,9% en 2006.
Mais même avec tous les objets éco-conçus on n’arrive pas à l’empreinte d’une planète. La Toyota hybride par exemple à connu un fort succès aux Etats-Unis, notamment du fait de l’engagement de stars d’Hollywood. C’est très positif, mais Leonardo Di Caprio en a acheté six.
C’est l’effet rebond : si un voiture émet deux fois moins de CO2 et on en vend deux fois plus la situation ne s’est pas améliorée. Ainsi on continue à aggraver l’impact sur l’environnement même avec des objets éco-conçus. Il faut limiter le nombre de produits sur le marché. Est-ce que la solution passe par la décroissance ? Une chose est certaine, la décroissance matérielle est indispensable mais cela ne correspond pas forcément à une décroissance économique. Le propos finalement consiste à concevoir cela non comme une baisse du niveau de vie, mais comme un mieux être global. Il faut sortir d’une « société de consolation », en prônant une économie légère et une stratégie de la joie !
Compte-rendu réalisé par Antoine Le Fèvre

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Séance du 11 décembre 2007 - L’écologie au quotidien dans la ville : débat et conclusion

December 28, 2007 – 3:16 pm

Restitution des groupes

Marie
Le réchauffement est un problème planétaire, la France représente 2,5%du problème, l’UE 18%. La réponse UE à Kyoto et à Bali : “chacun peut faire des efforts”mais il faudrait mettre le problème en système. Quels sont les gestes quotidiens de la décroissance ? Jachères en Europe pour des questions de marchés, on jette. Sentiment d’une confusion dans les préconisations de l’intervenant : quel modèle, comment formuler le rapport intérêt sur coût. Recyclage des cannettes en métal : est plus écologique la bouteille en plastique ou la cannette ? Comment passer d’actions locales à une logique globale de décroissance ? Comment peser politiquement sur l’écologique ? Comment concilier une formation de marketeur à une logique de décroissance ? Pourquoi ne pas déforester au Brésil alors qu’on dit que c’est bien de se chauffer au bois en France ? Question : pourquoi le WWF a classé l’Allemagne en premier ?

David
La notion d’éco-consommation a été inventée par les gens qui font du markéting ? Mettre le mode de vie rurale dans le domaine urbain ? Est-ce que c’est la pub, les parents qui donnent envie de consommer ? Quelle légitimité par rapport aux pays en voie de développement ? Courbe de valorisation de l’empreinte écologique en fonction de la richesse ? Comment on arrive à projeter sur une surface pétrole, blé… ?

Antoine
A priori : l’idéologie économique dominante nous semble opposée au développement durable. Récupération ?
Changement, quels sont les moteurs ? Ensemble : consommateur, sentiment partagé, vision politique. Ou bien nécessité d’un choc, d’une absence de choix. La question du prix n’a plus de sens. Qu’est-ce qu’on paye ?

Tito
Il y a un point de contradiction relevé par le groupe : poussée à consommer d’un côté et l’idée de réduire l’empreinte écologique de l’autre. Les labels : beaucoup de méfiance, est-ce qu’ils ne sont pas un outil de manipulation pour vendre plus ? Par ailleurs que dire aux pays émergents ? L’empreinte écologique est donnée en surface alors que le monde est en 3D : donner l’empreinte en surface n’est pas très parlant. En pensant “volume” est-ce qu’il n’y a pas la question de la recherche en profondeur ? Quid des études pour utiliser les algues de la mer comme source d’énergie ? La conférence précédente a mis en évidence la faiblesse des corps intermédiaires : on parle de faire évoluer les mentalités. Comment le faire en présence de cette faiblesse ? Quels sont les moyens de pression pour produire le changement ? Rumeur : la Ford Prius est moins polluante mais sa fabrication est plus polluante.

Réponses de l’intervenant et échanges avec la salle

Rapports Nord Sud, question des Etats
Le fond du problème ? Voir les choses d’une autre façon. Smith dit de prendre en compte le caractère fini des ressources mais on l’a oublié. On va pas dire aux pays du Sud d’arrêter leur développement : en même temps la Chine base son modèle économique sur l’exportation de biens manufacturés, c’est la division internationale du travail. Aujourd’hui ils ont une croissance exponentielle. Kyoto n’incluait pas les pays émergents. Bali va peut être les intégrer. Une façon pour les pays développés de réduire les gaz à effet de serre peut être l’aide aux pays du Sud pour installer des technologies moins polluantes. Demain ils devront être soumis à des quotas. Une évolution équitable : à partir du moment où on a atteint un développement, penser à une répartition équitable. Prôner les changements dans le comportement individuel alors qu’on est 60 millions et que les chinois sont plus d’un milliard ? oui, si on est pas capable de faire autre chose il n’y aura pas de changement à long terme. Pas d’évolution possible si on ne donne pas l’exemple. L’augmentation de la consommation de charbon en Chine est due à 40% par la demande des pays occidentaux.

Comment passer d’actions locales à une actions globales, décroissance ?
Une chose est sûre : il est nécessaire de réaliser la décroissance dans l’utilisation des ressources naturelles. Cela ne correspond pas forcément à une décroissance économique. Il n’existe pas encore de modèle convaincant. Découplage entre croissance économique et croissance de la consommation des ressources indispensable. WWF : protection de la nature. Au fur et à mesure que les structure intermédiaires ont pris du pouvoir les ONG ont fait « sortir le panda de la forêt » et fait comprendre l’interdépendance des choses. Les problèmes locaux ne sont pas isolés. Exemple : le Coltan dans les ordinateurs portables. Jusqu’à l’année dernière 80% des réserves étaient identifiées et exploitées au Congo, dans la région du Kivu qui abrite les Bonobo et les gorilles à dos gris. L’exploitation provoque la déforestation qui met à mal l’habitat naturel des grands singes. Et les gens qui vivent là bas braconnent. Impact sur la population des grands singes : intérêt d’être sur des actions locales et globales à la fois.

Le lobby politique
Le WWF et les ONG en général font pression sur la politique. Exemple du Grenelle de l’environnement. Il vient de la pression des ONG. L’alliance pour la planète a claqué la porte du comité de suivi. Les ONG sont présentes à Bruxelles, à Bali, partout où il y a un pouvoir de changement environnementale.
Exeple de l’EPR : le WWF et Greenpeace se sont mis ensemble avec d’autres au sein de l’Alliance pour la planète. Ces associations se sont mis d’accord pour demander un moratoire sur l’EPR.

Le lobbying est-il contraire à un mouvement politique au grand jour ?
Si on suit l’émergence des idées et le mouvement la suite logique pour certains est : entrer en politique. Mais cela signifie perdre son statut non gouvernementale. Cela n’empêche à beaucoup de personnes d’être en ONG et dans un parti ou dans un think-tank. Cela permet la circulation des idées et nourrit le débat politique. Exemple : montée du thème écologique dans l’élection présidentielle. Les verts ont été “mangés” par le pacte écologique d’Hulot. N’empêche que vingt ans de travail pour que la question écologique soit centrale dans la question politique ont abouti à un succès formidable. Les ONG cherchent à faire émerger de nouvelles problématiques. Leur force est de rester non gouvernementale.

Formation marketing et décroissance
Basile ne se considère pas comme un partisan de la décroissance économique. Comment concilier les deux ? Il est intimement convaincu de l’efficacité des outil du management. Il a fait prépa, ESCP, puis il a choisi des cours pour faire du conseil en développement durable. Pour monter dans une voiture et prendre le volant il faut le permis de conduire. C’est pareil pour les entreprises pour changer les choses de l’intérieur.

Y-a-t-il antithèse entre les méthodes markéting, insidieuses, et la démarche politique de dévoilement ?

Prenons l’exemple de l’alter-économie : quand on achète un produit on peut trouver sur internet tout le process de fabrication du produit. Cela signifie développer de nouvelles techniques de marketing. Le consommateur a envie de vrai, le marketing alter-économique y répond. C’est un exemple, même si l’éco-consommation n’est qu’un déplacement et ne répond pas aux exigences de décroissance de la consommation des ressources.Nouvelles techniques qui permettent de dire la vérité sur le produit.

Est-ce que le consommateur ne va pas contre le citoyen ? Que pensez-vous de ceux qui prônent des modes de vie basés sur l’économie de don contre don ?
On a besoin de consommer, besoin physiologique. Il n’y a pas à culpabiliser du fait de consommer. l’important est d’avoir du recul sur le cycle “acheter, consommer, jeter”.
L’économie don contre don est intéressante à un niveau local. Il est difficile de la voir fonctionner à un niveau global : considérons les flux, les échanges, la publicité… Il y a également des risques de retour en arrière. Mais c’est intéressant pour les possibilités que ça montre.
Développement de quartiers durables, logique de vie de mutualisation des ressources avec confort de vie moderne, bâtiment à énergie positive… on sait que ça marche grâce aux expériences pilotes. Par ailleurs lorsqu’on compare l’enpreinte écolo d’un urbain et d’un rural on sait que 60% de l’empreinte écolo d’un urbain vient des choix personnels de mode de vie et 40% vient des choix de la structure. Pour un rural c’est l’inverse. Cela car si on habite en ville, il est beaucoup plus facile de prendre des transport en commun, on vit dans des immeubles collectifs qui ont un impact moindre en terme de chauffage. Un habitat dense et des structures mutualisés permettent d’abaisser l’empreinte écologique.

D’où vient notre envie de consommer ?
C’est un besoin fondamental, physiologique. A quel moment un besoin devient un désir ? A quel moment devient-il une futilité ? Nous sommes directement responsables de la partie de l’empreinte liée à nos choix personnels et politiquement responsables pour la partie structurelle liée aux décisions publiques et aux traités. Quand de Gaulle décide de développer le nucléaire, cela permet aujourd’hui à la France d’avoir moins d’émission de CO2 par Kwh produit que les voisins européens. Après est-ce une vraie solution à long terme ? Dans les conclusions du Grenelle : tout projet majeur en France sera soumis à des critères environnementaux. Est-ce que ce sera suivi d’effet ? c’est à la société civile de s’engager pour que ce soit fait.

La cannette recyclée
En France la cannette en aluminium est recyclée. Il existe une bonne filière de recyclage. La collecte sélective est organisée dans la plupart des villes. Mais il y a encore des gens qui refusent de trier : théorie des jeux, pourquoi je le ferais si mon voisin ne le fait pas ?
La visite de centres de tris est très instructive.
Plastique ou cannette ? c’est un sujet en lui-même. Il faut une analyse en cycle de vie. C’est un gros boulot d’ingénieur, on évalue tous les impact en terme de changement climatique, de ressources naturelles, d’acidification de l’air, de l’eau. Ces calculs donnent la réponse. Entre 5 cannettes en aluminium et une bouteille en plastique vaut mieux la bouteille. Un élément important est donné par la masse de l’emballage par rapport à la masse du produit.

On peut calculer son empreinte écologique. Site du WWF.

Compte-rendu réalisé par Antoine Le Fèvre

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Séance du 13 novembre 2007 - Les cadres en entreprise: Conclusion

November 13, 2007 – 11:59 pm

Conclusion de Jean-Marc Le Gall :

Lorsqu’il a commencé chez Entreprise et Personnel, M. Le Gall a organisé une journée de formation (de 9h) sur un thème très similaire à cette soirée Ulipo. Il a démarré par une lecture de textes, datant de 1885 à 1920, mais sans donner les dates. Ces textes posaient les questions suivantes : Est-ce qu’on pourra toujours accélérer ? Qu’en est-il du choc asiatique ? L’homogénéité de nos métiers pose-t-elle problème ? Ce qui en émanait le plus, c’est “la trouille” d’un changement de monde, une profonde nostalgie : il y a un siècle, les mêmes questions, les mêmes peurs.

A ce sujet, d’un côté il est vrai qu’il n’y a pas de mouvement linéaire d’accélération sans accidents. Cependant, un changement radical, un ralentissement quelconque ne paraît pas réaliste et cela parce que ceux qui pilotent le développement aujourd’hui sont Inde et Chine et une chose est sûre : ni l’Inde ni la Chine ont une quelconque intention de ralentir. “Cela dit, je n’ai pas dit que ce serait pire. Déjà je pense que c’est bien que les dominés d’hier ne sont plus les dominés d’aujourd’hui et de plus il me semble qu’il y a autant de risques que d’opportunités mais c’est sûr qu’un apprentissage est essentiel.”

En France, nous avons eu tendance à négliger les questions qualitatives de l’entreprise : qualité de l’ergonomie, qualité du management. Une partie de la souffrance actuelle vient certes de la globalisation mais une bonne partie vient également de ce retard en termes de qualité. En Norvège, par exemple, le respect de la vie et l’importance de la santé au travail sont deux réalités prises très au sérieux. Si l’on observe les courbes d’accident du travail, de maladies de travail ou de suicides au travail, la France est en haut de l’échelle quand la Norvège est au bas. Les États Unis allaient tellement mal dans ce domaine qu’ils ont réuni toutes les parties et les compétences concernées pour établir un plan de rattrapage très contraignant. Nous sommes très en retard en matière de management, de relations sociales et de condition de travail : la France a une productivité très élevée mais avec un coût humain insupportable.

Pourquoi “conservateur corporatiste” ? Car l’état a une part exorbitante, ce qui a délité les corps intermédiaires. C’est l’état qui porte la régulation et cela a réduit le rôle des syndicats et dévitalisé la société civile. L’idée s’est développée que sans l’état, ce n’est pas possible : le pouvoir des syndicats est factice et l’état l’a remplacé par des postes honorifiques dans les organismes économiques et dans les caisses d’assurance sociale. La modernité, c’est la montée de l’individu et cela rend encore plus inefficace le système de régulation centralisé à la française.

Nous n’arrivons plus à produire des compromis collectifs, d’où probablement la fascination pour les pays scandinaves : on ne peut pas se retourner vers le modèles américain mais, puisque on est conscient que on arrive plus à produire une régulation efficace on idéalise les modèle le plus proche. Là aussi, nous devons opérer une transition en mettant l’efficacité et le dialogue au centre des préoccupations, ce qui nous amènera à faire efficace par des compromis productifs, fruits de négociations. Il faut sortir des rituels de la concertation qui n’engage à rien pour entrer dans une pratique de la négociation.

Jacques Marseille disait : “la France change lorsqu’elle est au bord du mur”. Il cite plusieurs exemples où la France a changé parce que il y avait un sentiment d’urgence. C’est bien là le propre d’un pays qui a un problème de régulation. La transition est-elle possible ? La perception de l’urgence dans les entreprises est telle (et les exemples existent) que cette transition semble possible.

Tout est délocalisable ? Hormis les services des proximité tout est délocalisable : par exemple cinq des plus grosses firmes américaines viennent de délocaliser deux tiers de leur service juridique. Il n’y a pas que le coût qui entre en ligne de compte : il faut considérer la qualité du travail, les infrastructures, les communications, les relations sociales, le cadre juridique, la qualité linguistique… De plus la délocalisation va dans tous les sens : l’Inde délocalise en Texas et ce n’est qu’un exemple.

Concernant la nouvelle génération il faut tenir compte de deux caractéristiques : d’un côté ils sont beaucoup moins enclin à accepter un management traditionnel et d’autre côté il sont habitués à faire leur marché d’information sur le net et il faut tenir compte de ces deux aspect pour les manager.
Par ailleurs il ne faut pas oublier que déjà en 1997 - 1999 les meilleurs manager avaient quitté les entreprises : ils sont revenus à la suite du plantages des start-up et du marché du travail : cela n’empêche qu’ils étaient bien partis et cela signifie qu’ils ne se plaisaient pas dans leurs entreprises, que leurs aspirations profondes n’étaient pas satisfaites.

En conclusion Jean-Marc Le Gall exprime la conviction que si le marché du travail était plus fluide cela changerait la nature du management. Après la conclusion, Jean-Marc Le Gall nous fait cadeau d’une réflexion supplémentaire.

Il rappelle qu’avec la révolution industrielle, le système social traditionnel (famille, voisinage, corporation réseau religieux) avait volé en éclats mais on en était sorti par le haut par la création du nouveau modèle fondé sur la solidarité ouvrière, la naissance des syndicats, l’état providence, la longue carrière, le droit du travail. Aujourd’hui c’est ce système qui vole en éclat et il faut le remplacer par un nouveau. Il faut espérer que les négociations en cours aboutissent à un droit de travail qui fonde une mobilité sécurisée, il faut adopter un nouveau paradigme qui permette de se rouvrir aux opportunités.

Compte-rendu de Marie Galli


Conclusion jm le gall 1 sur 2
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Conclusion jm Le Gall 2 sur 2
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Séance du 13 novembre 2007 - Les cadres en entreprise: Débat

November 13, 2007 – 11:12 pm

Après l’intervention de Jean-Marc Le Gall nous nous sommes répartis en petits groupes et nous avons organisé les débats autour des quatre questions suivantes : Qu’est-ce que j’ai découvert ? Qu’est-ce qui m’a surpris ? Quelles questions je me pose ? Autres considérations. Voici la restitution faite par chacun de leurs animateurs.

Marc :

Ce que l’on a découvert, c’est que la situation est dramatique. Demain sera pire, mais jusqu’où ? On a l’impression d’un discours déjà entendu : bouger ou mourir. Ce qui nous a surpris c’est le refus d’assumer le management par certains cadres. Nous nous sommes demandés s’il n’y avait pas d’autres modèles que les modèles occidentaux. Pourquoi en France, le patron est si institutionnalise et en quoi cela peut-il créer un blocage au sein de l’entreprise ? Comment se positionnent les managers ailleurs ? Pourquoi ne pas avoir parlé de petites entreprises ? Il nous a également semblé important de noter que les aspects psychologiques et sociologiques ne sont pas pris en compte au sein de l’entreprise, ce qui la rend comme une jungle ou il est difficile de se positionner et de s’affirmer. Finalement, n’est-ce pas bien plus général ? Cela ne touche-t-il pas la société dans tous ses domaines, dans la vie de tous les jours ? On a ressenti un manque de données pour étayer les affirmations. Pourquoi ce système français ? D’où vient-il ? Globalisation et délocalisation : tout est délocalisable ? Quid des services de proximité ?

Antoine :

Quid des managers des petites entreprises ? Quels sont leur poids et leur réalité ? La difficulté à être manager est-elle une particularité française ou dramatiser est-ce une spécialité française ? Aujourd’hui, n’importe qui est remplaçable, la disparition de “la logique de l’honneur” ne pourrait-elle pas venir de là ? La globalisation est devant nous certes, mais ne pourrions pas faire ensemble aujourd’hui pour concevoir une limite à cette accélération dans laquelle nous sommes pris ? Relocaliser la production par exemple. Y- aurait-il un effet de balancier ? D’autre part, quel est le positionnement d’”Entreprise et Personnel” ? Et qui finance cette association ? Pourrait-on envisager un ralentissement volontaire plutôt qu’une accélération accrue ?

Corentin :

Ce que nous avons découvert, c’est que la réalité de la rapidité de l’évolution est encore devant nous. Ce qui nous a surpris c’est l’absence de corps intermédiaires. C’est une notion tellement banalisée en France que l’on ne sait même plus ce que cela signifie. En même temps nous ne savons plus qui sont ils et nous avons néanmoins qu’ils sont là quelque part. L’absence de confrontation et d’expression dans l’entreprise, peut-être due à l’absence de corps intermédiaires ? Nous nous sommes demandés s’il existe des limites à cette rapidité - évolution - globalisation. Un cadre aujourd’hui n’appartient plus à une entreprise mais plus au projet auquel il contribue. Le projet devient entreprise. L’identité de l’entreprise deviendrait alors l’identité d’un projet. Est-ce que l’on peut imaginer en France, une confrontation qui aboutisse à un compromis. Est-ce que l’on pourrait envisager des nouveaux modes d’organisation et de management ? On n’a pas entendu de propositions de nouveaux modes d’organisation, qui intégrerait la nouvelle attitude vis-à-vis de l’entreprise : « un deal équitable ici et maintenant ? »


Conférence jm le gall : les débats
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Conférence J-M Le Gall : les restitutions
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Séance du 13 novembre 2007 - Les cadres en entreprise: Intervention de Jean-Marc Le Gall

November 13, 2007 – 10:00 pm

Intervenant : Jean-Marc Le Gall, ancien DRH, est aujourd’hui directeur du département cohésion sociale (travail, démographie, discrimination, responsabilité sociale, suicide…) chez « Entreprise et Personnel ». C’est une association qui s’est créée au lendemain de mai 68 qui regroupe plus de 150 grandes entreprises, dont la moitié du CAC 40. Le but de cette association est de mettre en commun les expériences et réflexions de ces entreprises pour rechercher des solutions novatrices en management des RH. Voici maintenant son analyse en ce qui concerne la position des cadres en entreprise actuellement.
Globalement aujourd’hui, dans le monde de l’entreprise, les signaux sont au rouge : cela ne signifie pas qu’il n’y a plus du tout de plaisir dans l’entreprise mais il est certain que les indicateurs concernant la perception du management, la relation des managers avec les dirigeants, la qualité du management, la difficulté de manager sont aujourd’hui au rouge :

  • manager devient de plus en plus difficile,
  • l’acceptation d’être managé également,
  • le plaisir de travailler se fait de plus en plus rare, le dialogue professionnel s’appauvrit de plus en plus est dans certaines entreprises il devient quasi absent.

Des jeunes ayant toutes les capacités pour un poste de manager le refusent car c’est un « métier de fou ». Parmi les cent premières entreprises où il fait bon travailler il n’y a pas une seule française, sauf trois filiales de firmes américaines.


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Les facteurs historiques rendent difficile le management en France

Pourquoi, en France, le management, ou le fait d’encadrer, et le fait d’être encadrés est si difficile ?
D’une part cela tient du modèle social français qui est caractérisé par une présence des corps intermédiaires très faible.
“En France, ce qui compte, c’est le pouvoir de la rue or, entre Matignon et la rue, il n’y a rien.”
Examinons cela de plus près : il existe trois grands types de modèles sociaux.

  • Tout d’abord, il existe le modèle américain dont le moteur est contractuel. Un libre ajustement s’opère, un équilibre se crée selon le marché.Le filet social de sécurité assuré à la marge par l’administration est minime.
  • Le modèle scandinave, en revanche, place son moteur de régulation dans le jeu des corps intermédiaires, extrêmement présents chez eux. Cela met en avant ce que Pascal Lamy appelle l’effet canoë à savoir que chaque avancée résulte d’une négociation entre corps intermédiaires et État, qui penche tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. les deux ont intérêt à ce que le canoë ne capote pas. Cela peut être plus ou moins difficile, parfois très lent, cependant l’issue de cette négociation se révèle souvent être un compromis constructif.
  • Le troisième modèle, celui de la France entre autres, est le modèle conservateur corporatiste : le but est que chacun reste à sa place. Le système marche par strates. La même hiérarchie est retrouvée au sein des entreprises comme dans les corps de l’état. Cela peut être très stable en situation de croisière puisque “chacun reste à sa place” mais dès lors qu’on approche d’une situation de crise ou de changement rapide, tout le système vacille. C’est un système qui favorise la logique du cavalier seul ( la fiscalité française peu distributive en est un révélateur).

Cette logique en période de changements rapides ne favorise pas la recherche d’un compromis collectif car chacun essaie de tirer son épingle du jeu : l’effet de solidarité en résulte affaibli. Cela se répercute sur le management et le rend difficile en période de changement : chacun (élites, corps intermédiaires et base) se fige pour défendre sa position, la culture de la trouille s’installe et cela rigidifie encore plus le marché du travail.
De ce fait l’esprit “cavalier seul” dramatise les enjeux de la modernisation.

Le deuxième facteur qui rend difficile le management est le modèle des relations sociales : on ne parle pas ici de modèle social mais bien du modèle des relations sociales, c’est à dire de la façon dont syndicats et patronat font leurs deals, de l’image réciproque du respect qui ont les uns des autres. Jean-Marc Le Gall cite à ce propos Thomas Philippon - Le capitalisme des héritiers : en France nous avons d’un côté un syndicalisme idéologique, contestataire et “3ème internationale” et d’autre côté un patronat réactionnaire et paternaliste : cela crée des relations crispées et fondées sur la méfiance qui rendent coûteuses et difficiles la négociation et la recherche du compromis. Cet état de fait reporte sur les managers la totalité des efforts de recherche des ajustements tout en les rendant presque impossibles et engendrant ainsi de la frustration managériale.

Pour compliquer les choses il y a dans la culture française par rapport au travail ce que les sociologues appellent la logique de l’honneur. L’ouvrier, le technicien, l’employé se dit : c’est moi qui connais mon travail, c’est pas à lui (le manager) de venir me dire comment je dois faire. Une étude comparative entre trois usines identiques du même groupe, une aux USA, une aux Pays Bas et l’autre en France montre que cette culture de l’honneur est encore une spécificité hexagonale.

Les facteur actuels qui compliquent encore plus la tache du manager en France

Les trois éléments que nous venons d’analyser concernent notre passé : allons voir maintenant les facteurs qui peuvent apporter des changements dans le tableau.

Un premier facteur est la globalisation qui ne fait que commencer : le plus important reste à venir. L’Inde et la Chine ne sont plus des pays émergeants, leur taux de rattrapage s’accélère la concurrence ne se fait plus sur la qualité et sur le prix (c’est toujours la base mais cela va sans dire) : les avantages concurrentiels les plus importants sont la rapidité d’accès aux innovations et celle aux pays émergeants, deux points sur lesquels la France est un peu en retard.
Cela nous obligera à aller encore plus vite, donc à trouver de modes d’organisation différents pour aller plus vite en étant moins stressés, d’où une augmentation de la pression sur les manager : de plus le marché du travail se globalise en même temps que le reste. La modularisation et la numérisation du travail permettra de faire faire n’importe quel job dans n’importe quel coin de la planète.

Un deuxième facteur concerne le changement de la nature des relations entre l’entreprise et son environnement, la société ainsi que les salariés actuels et futurs. A ce sujet il existe trois changements qui participent d’une façon importante à la difficulté croissante de manager.

  • Le premier changement concerne la frontière entre le dedans et le dehors de l’entreprise : avant il s’agissait de deux mondes différents avec des codes, des langages et un logique propres, tandis que aujourd’hui l’entreprise est de plus en plus perméable à son environnement. On le voit entre autres par rapport à la discrimination, qui est aujourd’hui interdite par la loi. C’est un net progrès pour la société mais cela complexifie le travail de manager : ils étaient habitués à traiter des problèmes de business et ils se trouvent à gérer des problèmes sociétaux.
  • Le deuxième concerne les managés, particulièrement ceux de 15 à 25ans, les “toujours connectés”. Ils sont nés dans ce que les vieux appellent les nouvelles technologies. Pour eux ce ne sont pas des “nouvelles” et même pas des technologies mais leur quotidien. Ils ne sont pas branchés sue l’Intranet de la boîte mais sur le net. De plus, ils ont une qualité d’attentes ainsi qu’une liberté de paroles et de comportements qui rend encore plus complexe la pratique du management.
  • Le troisième changement concerne les conditions de l’engagement et donc le manager comme le managé. Avant il s’agissait d’un engagement sur le long terme avec souvent une première période où le salarié donnait beaucoup et une deuxième où il touchait les dividendes de son engagement. Aujourd’hui, on demande “ici et maintenant” sous condition d’un engagement équitable.
Conférence Jean Marc Le Gall Ulipo 2 sur 2
envoyé par maxnoil55

Pour conclure les managers sont confrontés non seulement à des problèmes plus difficiles dans une période plus délicate mais également à des problèmes d’une qualité différente.
Le manager doit acquérir une légitimité nouvelle fondée sur la proximité, l’écoute et la compétence et non plus sur la position.
Ce qui faciliterait la gestion de tous ces changement serait que le marché du travail se remette d’équerre : s’il reste dominé par le chômage et la précarité ça va rester très dur.

Compte-rendu réalisé par Marie Galli

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Préparation de la Séance du 13 novembre - Réalisation d’un panel de cadres

November 2, 2007 – 8:30 pm

En préparation de la séance du 13 novembre 2007 Ulipo a réalisé une mini-étude qualitative sur le positionnement des cadres en entreprise. Cette étude est le fruit d’une réunion de six cadres de différents horizons qui ont échangé pendant trois heures dans une salle gracieusement prêtée par la société Infogestion au 66 rue de Provence da