Séance du 11 décembre 2007 - L’écologie au quotidien dans la ville : intervention
December 29, 2007 – 1:14 pmIntervenant : Basile Gueorguievsky.
Il travaille au WWF. Conseiller auprès du directeur général pour les questions économiques : modes de consommation, de production, de vie. Le WWF est la première association mondiale en ce qui concerne la protection de l’environnement.
Créée au début des années 60, elle compte aujourd’hui :
· Plus de 100 000 programmes terrains
· 10 000 permanents
· 5 millions de membres
Elle est composée de bureaux nationaux autonomes. Le bureau français a été créé en 1973. Il compte 80 permanents, 140 000 membres et 4000 bénévoles.
Le développement durable
En 1969, le premier homme marche sur la lune. On dit : « un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité ». En fait au-delà du fait de se poser sur la une il s’agit de la première fois où un homme contemple un « lever de Terre ». C’est peut être le point de départ de la prise de conscience de la finitude de la planète.Des rapports existait déjà qui parlait de l’environnement, comme le rapport Midows au début des années 60 qui vient ponctuer la première réunion du Club de Rome.
Dans les années 70, on assiste à une prise en compte plus large des questions environnementales. En 1972 est créé le Programme des Nations Unies pour le Développement. Le rapport Bruntland définie le développement durable : un développement qui permet de subvenir aux besoins actuels sans compromettre les besoins des générations futures.
En 1992 conférence sur l’environnement à Rio. Création de l’agenda 21 que vient de mettre en œuvre la maire de Paris.
L’empreinte écologique
C’est un indicateur qui vise à montrer les limites de la planète. Il calcule la quantité d’espace nécessaire pour subvenir aux besoins d’une personne sur un an. On traduit ainsi les besoins quotidiens (alimentaires, habitat, transport…) en surface. Ainsi un européen « utilise » 5,6 hectares (ha), un américain 9,4ha, et un ghanéen 1,2 ha.
Et si on calcule l’empreinte écologique d’un européen rapporté au nombre d’habitant de la planète (5,6ha * 6,5 milliards), cela nous dit qu’il faudrait 3 planètes pour subvenir aux besoins de tout le monde. Nous sommes donc dans un dépassement de la bio-capacité de la planète.
Une moyenne mondiale donne une empreinte écologique de 2,2 ha par personne. Nous utilisons donc déjà la planète à 125% de ses capacités. WWF travaille au sein de la New Economic Foundation qui calcule la date de l’année à laquelle nous dépassons les limites d’épuisement de la planète. Nous sommes passés du 19 décembre au 9 octobre en 2006 et au 6 octobre cette année. On peut considérer qu’au-delà de cette date nous vivons à crédit. C’est une dette écologique que nous contractons, auprès des habitants du Sud et des générations futures. Cela se traduit aujourd’hui notamment par le changement climatique. Car on peut aussi rapporter les absorptions de gaz à effet de serre de la planète à une surface. La question est donc de maintenir un écosystème viable pour l’espèce humaine. « Sauver la planète » est une demande assez hypocrite. Ce qu’on veut en fait c’est sauver nos conditions de vie.
La modification de la manière de vivre, de produire, de consommer
Si cela est nécessaire, cela ne signifie pas régresser.
L’IDH, indice de développement humain qui calcule le niveau de vie et de bien être d’un pays permet de considérer cela. Par exemple, des pays comme la France ont le même IDH que les Etats-Unis ou l’Australie avec une empreinte écologique deux fois moindre. Cela signifie donc qu’il est possible de baisser l’empreinte écologique sans nécessairement baisser le niveau de vie.
Deux références :
Reconsidérer la richesse de Patrick Viveret
Les nouveaux indicateurs de richesse de Jean Gadrey
Aujourd’hui nous mesurons la bonne santé d’une économie à partir du taux de croissance et du taux de chômage. Mais c’est « un thermomètre qui nous rend malade ».
Deux exemples :
En sortant, j’ai un accident. Je vais chez le kiné, et interviennent le médecin, les pompiers, le garagiste… Par mon accident je participe à la croissance.
De même, il y a une marée noire en Corée du Sud. La mise en place des mesure de réparation feront augmenter la richesse et donc le PIB.
Il existe donc différents actes de création de richesse, avec ou sans destruction écologique. On peut donc dire qu’il existe une voie pour garantir un niveau de vie acceptable (comme celui des européens) tout en baissant l’empreinte écologique. Car aujourd’hui, de fait, on ne paye pas tous les prix. Il existe derrière chaque production des « coûts cachés », des « externalités négatives ». Par exemple il est prouvé que la congestion automobile est très corrélé à l’augmentation de l’asthme chez les enfants. Et l’impact sanitaire est pris en charge par la société. Cela a un coût. De même pour les meubles en tek issus de la déforestation.
Le défi est donc d’intégrer les coûts écologiques sans pour autant augmenter les charges. On peut par exemple moins taxer le travail.
Ou on peut réduire à la source les émissions de CO2. A l’aide notamment des produits éco-conçus : ce qui pose la question de comment baisser l’impact des produits. Existe-t-il une possibilité de recyclage ?
Une autre alternative est de préférer l’usage à la possession. Le Velib’ par exemple. Lors des dernières grèves, un grand nombre de vélos auraient été vendus si il n’y avait pas eu le Velib’, le nombre de vélos aurait été multiplié par 10. On a donc divisé par 10 le nombre de vélos fabriqué. C’est un saut culturel important : se servir plutôt que posséder.
Pour la voiture cela peut sembler plus difficile, car il existe un lien affectif plus fort. Mais sur le modèle d’une société suisse se créé en France des entreprises de partage de voitures. Et ce sont des entreprises qui font du profit.
De même des produits comme les perceuses qu’on utilise 15 minutes par an, ou les lave-linges qu’on utilise une fois par semaine. On pourrait les louer ou les avoir à disposition au sein d’habitats collectifs.
Cela limiterait l’impact environnemental tout en faisant gagner de l’argent à l’entreprise.
De même les photocopieurs. Rank Xerox ne vend pas des photocopieurs mais des photocopies. Ils louent des photocopieurs sur des longues durées. Du coup ils n’ont pas intérêt à ce que ça tombe en panne ou à ce qu’il y ait de problème. C’est donc un nouveau business model qui est en train de naître qui vend de l’utilisation et pas un produit.
Réalité de ce changement
Nous passons d’enjeux globaux à des réponses sur l’action à mener au niveau des individus. Il reste cependant à franchir un saut culturel, c’est-à-dire à sortir de la logique d’accumulation. Thierry Kazazian dans Il y aura l’âge des choses légères estime que nous possédons entre 3000 et 4000 objets. Ce qui représente beaucoup plus que ce que possédaient nos grands parents. Par exemple le téléphone portable. En France, un téléphone portable conçu pour 7 ans est changé en moyenne tous les 9 mois. On ajoute des fonctions nouvelles en continu. Aujourd’hui il est presque impossible d’avoir un téléphone qui ne fasse que téléphone.
On reste ainsi dans une culture de l’avoir et de l’accumulation qui prime sur une culture de l’être.
Aujourd’hui cependant il existe des groupes de personnes qui sont passés à d’autres modes de consommation. Les alter-consommateurs représentent 25% de la population française. Ce sont les gens qui disent faire attention aux produits qu’ils achètent. Il privilégient par exemple les produits frais aux surgelés et les biens culturels. Les « créatifs culturels » (L’émergence des créatifs culturels de Paul H. Ray et Sherry Ruth Anderson, édition Yves Michel) seraient 17% de la population française. Ils cherchent une cohérence “spirituelle” dans l’ensemble de leur vie.
Ces chiffres viennent d’études marketing et de recueil de données déclaratives et non comportementales. En réalité les chiffres de la consommation donnent beaucoup moins d’alter-consommateurs. Ceci peut-être parce qu’on déclare son « moi rêvé ».
Cependant une étude montre que les français étaient 40% en 2005 à penser que par la consommation on peut faire évoluer la situation d’un point de vue écologique, et ils sont 61,9% en 2006.
Mais même avec tous les objets éco-conçus on n’arrive pas à l’empreinte d’une planète. La Toyota hybride par exemple à connu un fort succès aux Etats-Unis, notamment du fait de l’engagement de stars d’Hollywood. C’est très positif, mais Leonardo Di Caprio en a acheté six.
C’est l’effet rebond : si un voiture émet deux fois moins de CO2 et on en vend deux fois plus la situation ne s’est pas améliorée. Ainsi on continue à aggraver l’impact sur l’environnement même avec des objets éco-conçus. Il faut limiter le nombre de produits sur le marché. Est-ce que la solution passe par la décroissance ? Une chose est certaine, la décroissance matérielle est indispensable mais cela ne correspond pas forcément à une décroissance économique. Le propos finalement consiste à concevoir cela non comme une baisse du niveau de vie, mais comme un mieux être global. Il faut sortir d’une « société de consolation », en prônant une économie légère et une stratégie de la joie !
Compte-rendu réalisé par Antoine Le Fèvre








