Séance du 08/01/08 - Eux et Nous : y-a-t-il une crise du système d’intégration ? : débat et conclusion

January 19, 2008 – 9:19 am

Restitution des groupes

Tito

Quelle est la différence entre mobilité et mixité ? Quelle est la demande de la banlieue ?
Le fait de rester confiné dans les banlieues correspond-il à un besoin de se reconnaître ?
Quelle est la volonté de s’intégrer chez « eux » ?
Pourquoi cette rupture en 1975 ?
Existe-t-il une crise d’identité partagée ?
C’est plutôt la deuxième génération d’immigré qui pose problème, est-ce une crise d’identité due au fait qu’ils ne sont ni français ni autre chose ?
Les jeunes sont polyglottes dans les cités.
Pourquoi le gouvernement a favorisé le regroupement familial ?
Est-ce que la reconnaissance individuelle diffère de la reconnaissance politique ?
Quelle est la signification du fait qu’ils veulent rester entre eux ?
Pourquoi les chinois veulent-ils rester entre eux ?
En fait on fait face à une crise sociale globale qui est juste plus visible en ce qui concerne l’intégration.

Marie

Le discours par rapport à l’intégration vient du regroupement familial, avant c’était une immigration temporaire d’un homme.
L’intégration est une question qui se pose quand on n’est pas concerné, comment s’intégrer quand on est stigmatisé ?
Comment fonder une politique sur le refus des chiffres de l’immigration ?
Vivre ensemble suppose un langage commun, on vit à côté mais pas ensemble.
Girard : le nous est défini par « eux » ; besoin d’un bous émissaire

Corentin

L’intégration semble plus facile que l’assimilation.
L’idée d’intégration pose problème parce qu’elle suppose un effort dans un seul sens.
Les trois piliers de l’intégration sont des conditions nécessaires mais pas suffisantes, comment alors les relancer ?
Lien entre discours et identité, on s’approprie un discours pour forger une identité.
Pourquoi et comment est-on passé d’un clivage bourgeois prolétaire, à ce clivage ethnique.
Il faut faire ressortir les aspects positifs du mot intégration.
Comment préserver sa propre identité culturelle en en intégrant une nouvelle ?

David

Il faut replacer la question de l’intégration par rapport à la législation européenne.
Est-ce que la mixité sociale à l’Ile de Réunion a été réussie ?
Quelles bases donner à l’identité dans 20 ans ?

Conclusion de Joël Roman

En France à partir de 1975 on a interdit la mobilité ou on la rend impossible parce que la crise a fait cesser l’immigration de travail, les travailleurs déjà présents vont avoir envie de rester et naturellement de faire venir leur famille. Les politiques ne voient pas les conséquences des décisions prises.
On met alors en place la notion d’immigration. Les mesures HVS (habitat et vie sociale) en ‘77.
Les discours de 75 à 80 sur la crise économique, notamment sur ces mesures et à la télé (émission La Crise). C’est la crise du travail. Pas seulement en terme de montée du chômage, on assiste à une recomposition complète du modèle de travail. Toute une série de travaux vont être externalisés. Ce qui donne six entreprises au lieu d’une sans lien et lieu commun. Et ce qu’on n’a plus en terme d’immigration est compensé par les délocalisations. La crise 75 n’est donc pas seulement économique mais aussi sociale. Pourquoi est-ce si difficile ? Il y a un besoin anthropologique de dire « nous » et de repousser les « eux ». « Nous » contre « eux », c’est en général un conflit structurel de notre existence.
Cela recoupe en permanence et remplace le conflit de classe classique. C’est une crise sociale, ethnique et territoriale. La dimension française de cette crise généralisée est plus exacerbée.
En France la nation s’est construite fortement contre un “eux” (Allemand, Anglais). L’ennemi est soit à l’extérieur, soit à l’intérieur, c’est la figure de l’immigré.
Il existe une angoisse spécifiquement française : la question de l’identité provoque une panique là où d’autre pays sont moins sensible au racisme et à sa dimension symbolique.
Ceci en partie du fait du passé colonial de la France. C’est la question clef. La République a été universelle et civilisatrice mais aussi colonisatrice.
L’identité : veulent-ils s’intégrer ?
C’est une construction, on a affaire au problème de qui est le premier entre la poule et l’œuf. Mais leur attitude est en partir induite par la société, et la responsabilité est du côté de la société qui est persistante et dominante.
La violence des émeutes a une signification politique par rapport aux enjeux d’intégration. C’est un peu « nous sommes intégrés, qu’est-ce que vous en faites ? »
Le problème viendrait en grande partie des mots, qui construisent autant qu’ils disent le problème. « Jeunes issus de l’immigration » : volonté de reconduire les gens à une origine sociale.

Anecdotes
Lors d’une formation pour enseignant, on a demandé pourquoi il fallait donner à lire à ces jeunes de la sous littérature et pas du Victor Hugo, alors que c’était un auteur contemporain de valeur mais au nom quelque peux “exotique”.
Une amie romancière française, elle aussi au nom “bizarre” a demandé
dans un FNAC où trouver son livre et on lui a répondu au rayon « Maghreb Proche-Orient ».
Comment reconstruire une identité ?
Il y a l’idée de reconnaissance (modèle québécois), avec une appartenance commune et une appartenance minoritaire. C’est une piste pour être membre d’une communauté politique et avoir une appartenance culturelle spécifique. Dans tous les cas le maître mot est « reconnaissance ».
Maintenant comment faire que ça ait une signification politique ?
Il semble nécessaire d’inscrire un certain nombre de gens, de groupes dans le paysage politique comme geste symbolique. Les groupes sociaux ont toujours demandé de la reconnaissance symbolique (hausse du salaire). C’est d’ailleurs la base des conflits sociaux : « reconnaissez, donnez de la visibilité à ce que nous sommes»
Nous sommes dans une société qui désarticule le collectif au profit de l’individu et de sa performance monétaire. Or nous avons envie d’une autre reconnaissance.
Exemple : le refus du président et du ministre de l’immigration de venir inaugurer la cité nationale de l’immigration représente une claque symbolique.
De même la question de l’esclavage est importante. Important de pouvoir dire que des choses indignes ont été produites. Les propos de Bruckner sur la repentance qui disent que le lobby colonial n’a pas pesé d’un poids extrêmement lourd, est contrecarré pas l’exemple de la guerre d’Algérie où c’est la représentation nationale au nom de l’universalisme qui a demandé qui a colonisé.
Le fait de vouloir vivre entre soi fait partie d’une orientation humaine. Mais le seuls endroits où l’entre soi est vraiment réalisé c’est les banlieues riches. C’est le sommet qui fait sécession.

Pour la construction d’une perspective
Jusqu’à un certain point la société française est moins réticente. On peut prendre comme indicateur le nombre de mariages mixtes.
En revanche les discours politique sont terrifiants, dans leur unanimité. C’est une fermeture et un déplacement des problèmes, et ça va rejaillir sur la société. La politique a pour fonction de donner un cadre, la responsabilité des politiques est énorme.
« Construisons une société de confiance ». Ce discours est inaudible, par manque de courage et de maturité de la classe politique. Une société de confiance n’est pas une société sans conflit, c’est le contraire d’une société du soupçon. L’ADN par exemple. Cela signifie que toute personne qui demande à rentrer en France cherche à frauder. On construit la méfiance.

 

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